Quand la vie dépend d’un coup de fil
Midi.
Je me prépare pour aller porter à l’Université mon dernier travail, celui qui bouclera ma session. Je cherche mon cellulaire partout dans ma chambre, et je fini par le trouver sous mon oreiller.
Bizarre hein? C’est ce que je me suis dit aussi.
En fait, j’avais 5 appels manqués, 3 messages sur ma boite vocale qui m’attendaient. Normal que j’avais caché mon cellulaire sous mon oreiller, je l’avais placé là entre deux rêveries parce qu’il avait sonné toute la nuit!
Les 3 messages sont de mon ami. Je savais qu’il n’allait pas très bien ces temps-ci, mais jamais j’aurais pu envisager entendre un message comme celui-là. Le troisième message dit qu’il vient tout juste d’avaler une bouteille de pilules et bu 16 bières. Il ajoute qu’il n’a pas très envie de se faire faire un lavement, donc il va aller se coucher et s’endormir tranquillement.
Mon cœur a cessé de battre.
Le message datait de 4 heures du matin, et il était maintenant 12h15.
J’ai mit quelques secondes à reprendre mes esprits. Je me suis assise sur mon lit, juste avant que les muscles de mes jambes m’abandonnent. J’essaye d’appeller chez lui. Une fois, deux fois, pas de réponse.
Puis j’ai signalé le 911.
Les mots qui sortaient de ma bouche étaient incohérents. À ce moment j’avais tout oublié. Son nom, le mien, son adresse. Tout ce qui raisonnait dans ma tête c’était son message sur ma boite vocale. Je ressentais c’était la peur et la culpabilité d’avoir caché mon cellulaire sous mon oreiller pour ne plus l’entendre, que 8 heures s’étaient écoulées depuis son message, que j’arrive peut-être trop tard.
La dame retrace l’adresse de mon ami. Je lui demande de m’appeler quand les policiers l’auront trouvé pour me dire si…si… je suis incapable de finir ma phrase.
En raccrochant, je suis confronté à ma réalité. Je dois me rendre à l’Université pour remettre mon maudit travail. J’arrive à peine à marcher tant que tous mes membres tremblent. Pourtant, je dois sortir dehors, prendre l’autobus, et avoir l’air “naturelle”
12h30
J’attends à l’arrêt d’autobus, les mains serrées sur mon cellulaire, en attente de l’Appel.
L’appel qui me dira si mon ami est mort ou s’il est vivant.
L’attente est épouvantable. Puis, plusieurs minutes plus tard, mon cellulaire sonne une première fois. Le policier au bout du fil m’indique qu’il est devant sa porte. Il me pose des questions sur des détails qui finalement me paraissent bien inutiles, considérant que mon ami est peut-être en train d’agoniser et que chaque seconde compte.
Encore plusieurs minutes s’écoulent. Le téléphone sonne une seconde fois. Je me dit: “Ça y est, je vais savoir.” Au lieu de ça, un autre policier me demande si mon ami a des armes chez lui dont il pourrait se servir contre eux. Je suis dans l’autobus, je garde mon calme. Ils sont encore devant la porte, bordel! Ils ne sont pas encore entrés! J’essaye d’être compréhensive, je ne suis pas policière. Je ne connais pas les procédures. Mais maudit! Mon ami a absorbé ces pilules et cet alcool depuis trop longtemps déjà! Incroyable que mon cœur n’ait pas explosé sous la charge qui pesait dessus.
Une éternité plus tard (15 minutes en fait) Le téléphone sonne une troisième fois. Je faillis tomber par terre quand le policier m’a annoncé que mon ami était toujours en vie. À demi conscient et très confus, mais en vie!
Cette histoire n’a duré qu’une heure au total. Pourtant, après avoir raccroché avec ce troisième appel téléphonique, j’avais l’impression d’avoir fait une course de plusieurs kilomètres; j’étais complètement vidée.
D’ailleurs, avoir écrit cet article qui m’a fait me rappeler chaque détails de cette histoire a eu le même effet que si j’avais vécu l’évènement une deuxième fois. Bien sur, il y a une suite à l’histoire et un apprentissage du jour. Cependant, je vais garder la suite pour un prochain article, bientôt.