Un goût amer
«Ah! Enfin la semaine est finie. Je m’ennuyais de mon coloc, on s’est presque pas vu de la semaine. Ce soir, on va passer une belle soirée ensemble, boire du vin, regarder un Lost, prendre du bon temps dans notre bel appart où je me sens SI bien»
Un verre de vin.
L’épisode de Lost devient violent. Je commence à me sentir très mal. «Respire, reste calme, c’est pas réel.» J’essaye de me contrôler. Mais sans même que je m’en rende compte, je commence à avoir les yeux qui s’embrouillent. «Je voudrais être ailleurs…» Je me dis que je dois poser ce verre de vin sur la table pour pouvoir me boucher les oreilles. Même ce geste est un effort surhumain.
Puis, soudain, ce que je redoutais le plus arrive. Le bruit. Pire, le cris effroyable qu’il émet à cause de la douleur qu’il ressent.
Mes muscles se raidissent, mes sens se dédoublent. Tout mon être se referme pour que rien ne m’atteigne. «Respire!» Je ne suis plus capable de bouger, je ne respire plus. Mes yeux ne veulent plus s’ouvrir. Mon cerveau ne commende plus mon corps, mes membres n’obéissent pas. «Calme toi! C’est irréel, ça se passe à la télé!» Rien à faire. Même si je fais tout pour me raisonner, mon esprit est loin. Il a pu s’enfuir, lui. Mais pas mon corps.
Au moins 10 minutes sont passées depuis cet affreux craquement. Maintenant, je me sens stupide d’avoir réagit aussi fortement. Stupide encore plus, alors qu’il me dit que je suis capable de passer au travers. « Tu es plus forte que ça, je le sais».
Bien sûr qu’il a raison! C’est justement parce que je sais qu’il a raison que je me sens si mal. Le fait qu’il m’ait vu dans cet état pour la première fois me frustre tellement. Personne ne veut s’ouvrir les entrailles devant quelqu’un pour montrer ses faiblesses. Hier je l’ai fait, et contre mon gré.
Je me sentais tellement coupable que j’ai claqué la porte, en le laissant probablement dans l’incrédulité la plus totale.
Ce matin, je me réveille avec un goût amer. Les yeux enflés, le corps meurtri comme si j’avais été piétinée par un troupeau d’éléphants.
Et pourquoi tout cela? Parce que je suis trop sensible à une stupide série d’évènements violents, que je suis incapable de me contrôler, incapable de me raisonner, parce que je suis ridicule.